Le Sénégal lance les 16 jours d’activisme à Gorée sous le thème « Mettre fin aux violences numériques »
Le Sénégal a officiellement lancé l’édition 2025 des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre à Gorée.
Île de Gorée, Sénégal, 25 novembre 2025 — Le Sénégal a officiellement lancé l’édition 2025 des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre à Gorée, en mettant l’accent sur la violence numérique contre les femmes et les filles sous le thème « Mettre fin aux violences numériques ».
La cérémonie nationale, présidée par Maïmouna Dièye, Ministre de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, a réuni des institutions gouvernementales, ONU Femmes et d’autres entités des Nations Unies, des partenaires diplomatiques, des représentantes et représentants de la société civile et des jeunes, les intervenantes et intervenants appelant à une prévention plus forte, au signalement, au soutien aux survivantes et aux survivants, et à la redevabilité en ligne.
Dans son discours de lancement, la Ministre Dièye a mis en lumière l’ampleur des abus en ligne et la nécessité de veiller à ce que les espaces numériques fassent avancer l’égalité plutôt que de nuire. « La prévalence des violences numériques subies avant l’âge de 18 ans est de 20,4%. », a-t-elle déclaré.
« L’utilisation abusive des réseaux sociaux par la désinformation, la diffamation, le harcèlement, l’usage de données personnelles sans consentement, la menace et le dénigrement constituent pour les femmes et les filles une lourde menace et les exposent à de lourdes conséquences, notamment par rapport à leur santé mentale. Mesdames et Messieurs, le numérique doit être un espace d’émancipation, pas une nouvelle frontière de la violence. »
Message de l’ONU : action urgente, collective et soutien en cours
S’exprimant au nom du Coordonnateur résident du système des Nations Unies, Aminata Maiga, Arlette Mvondo, Représentante de ONU Femmes au Sénégal, a averti que la violence numérique s’étend rapidement, prenant des formes qui endommagent des vies bien au-delà de l’écran.
« À travers le monde, la violence numérique progresse à une vitesse inquiétante. Elle prend des formes nouvelles, les deepfakes, diffusion non consentie d’images intimes, harcèlement, manipulation, menaces, chantage, autant de violences qui brisent des vies bien au-delà des écrans. »
En se référant à des cas récents évoqués pendant la cérémonie, elle a souligné l’ampleur de la menace qui vise les femmes et les filles en ligne. « L’actualité récente sur la cybercriminalité au Sénégal a révélé une réalité glaçante sur les violences en ligne dont 60% des victimes ont été des femmes et des filles. Cette statistique dit tout. Elle dit l’insécurité, la vulnérabilité des femmes. Elle dit l’ampleur du traumatisme, de la peur. Elle dit également l’urgence d’agir et d’agir ensemble. »
Mme Mvondo a aussi mis en lumière la manière dont le système des Nations Unies soutient les efforts du Sénégal pour prévenir et répondre aux violences basées sur le genre, y compris à travers des programmes conjoints alignés sur le Cadre de coopération des Nations Unies pour le développement durable. Elle a cité des initiatives pour renforcer les services et la protection des survivantes et des survivants, élargir l’accès à la justice et aux recours, et protéger les filles contre les pratiques néfastes, y compris les programmes conjoints Thiendeya et Karangue, le programme e-justice pour soutenir la numérisation de la justice, et le plan conjoint qui traite les mutilations génitales féminines, mis en œuvre avec des partenaires nationaux.
Voix des jeunes : « La violence numérique n’est pas virtuelle, elle est réelle »
Un moment central de la cérémonie a été l’intervention de Adja Gaita Ndour, Représentante des jeunes et Ambassadrice de l’Agenda national de la fille, qui a exhorté les dirigeantes et dirigeants et les communautés à affronter la manière dont les abus numériques réduisent les filles au silence et normalisent le mal. « Nous prononçons si souvent l’expression « violence basée sur le genre » qu’elle peut finir par s’éviter de son sens. » a-t-elle observé. « Alors aujourd’hui, permettez-moi de commencer par ce qu’elle signifie réellement. »
Elle a souligné que les dommages causés en ligne ne sont pas abstraits. « La violence numérique n’est pas virtuelle, elle est réelle. Elles blessent, elles isolent, elles humilient, elles réduisent en silence. »
Perspective des partenaires : prévention, réponse et soutien pratique
Hélène De Bock, Ambassadrice de Belgique au Sénégal, a souligné que la violence basée sur le genre, y compris dans les espaces numériques, est un défi mondial partagé qui exige des réponses coordonnées. « Cette campagne est lancée partout au monde aujourd’hui parce que la violence basée sur le genre nous concerne tous, surtout dans un monde de plus en plus numérisé où les frontières n’existent plus. »
Elle a également indiqué le soutien de la Belgique pour renforcer la prévention et la réponse, y compris l’appui à des services holistiques pour les survivantes et survivants, des activités de sensibilisation et de renforcement des capacités pendant la période de la campagne, et l’engagement avec des acteurs clés tels que les journalistes, des parties prenantes communautaires et les forces de sécurité.
Gorée : mémoire, dignité et appel à l’action aujourd’hui
Le lancement a eu lieu à Gorée après un moment symbolique de recueillement lié à l’histoire de l’île, y compris une visite et un recueillement à la Maison des Esclaves et à la Porte du Non-Retour, longtemps associée à la traite transatlantique et à la déshumanisation d’innombrables personnes.
La Ministre Dièye a expliqué que le choix de Gorée était délibéré : il visait à relier la violence systémique et la déshumanisation du passé à de nouvelles formes de domination et d’exclusion à l’ère du numérique, et à souligner que la protection de la dignité doit s’étendre des espaces physiques aux espaces virtuels. À Gorée, a-t-elle dit, la mémoire n’est pas seulement le fait de rappeler les souffrances, mais aussi celui de tirer des leçons qui renforcent la liberté, la dignité et la protection aujourd’hui.
Le programme a également comporté une présentation thématique sur les formes de violence numérique, une prestation théâtrale et des échanges avec les participantes et participants, renforçant le message selon lequel mettre fin aux abus en ligne exige sensibilisation, signalement, protection et redevabilité.
Reconnaître la santé mentale et la mobilisation communautaire
La cérémonie a aussi mis en lumière l’impact sur la santé mentale de la violence numérique. Fatou Diop, fondatrice de l’initiative Weeruwaay, a souligné que les abus en ligne peuvent causer des dommages psychologiques graves et que le bien-être et le soutien doivent être centraux dans les réponses. « Bien qu’invisible physiquement, ces agressions causent des traumatismes psychologiques réels et durables. » a-t-elle déclaré, ajoutant : « La santé mentale, c’est une urgence aujourd’hui. Parce que sans une bonne santé mentale, il n’y a pas de santé. »
Participants notables
La cérémonie a réuni plusieurs personnalités nationales et internationales, notamment :
- Marie Hélène Diouf, Membre du Parlement
- Amsatou Sow Sidibé, Présidente de la Commission nationale des Droits de l’Homme
- Augustin Senghor, Maire de Gorée
- Carine Robarts, Ambassadrice de Grande-Bretagne
- Jean-Marc Pisani, Ambassadeur de l’Union européenne au Sénégal
- Claudia Mosquera Rosero-Labbé, Ambassadrice de Colombie
- Penda Seck Diouf, Présidente de la Synergie des organisations de la société civile
- Ndeye Marième Samb, Coordonnatrice nationale, Le Programme d’Urgence de Modernisation des Axes et Territoires frontaliers (PUMA)
Poursuite de la campagne à l’échelle nationale
Les 16 jours d’activisme se poursuivront à travers le Sénégal sous le thème « Mettre fin aux violences numériques » jusqu’au 10 décembre, avec un programme national de sensibilisation, de prévention et d’action coordonnée mobilisant institutions, communautés, partenaires, médias et jeunes afin d’aider à faire en sorte que les espaces numériques protègent les droits, la sécurité et la participation des femmes et des filles, plutôt que de permettre des préjudices.
Comment participer à la campagne?
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Ensemble, faisons entendre nos voix et créons des espaces – physiques comme numériques – où chaque femme et chaque fille peut s’exprimer librement et en toute sécurité.