Mission conjointe du Système des Nations Unies dans l’Est et le Sud du Sénégal : renforcer l’impact collectif au plus près des territoires
Dans le Sud et l’Est du Sénégal, le Système des Nations Unies renforce l’impact des projets en plaçant les communautés au cœur de l’action collective locale.
Kédougou, Tambacounda, Kolda et Ziguinchor, février 2026 – Du 2 au 6 février 2026, l’Équipe de pays des Nations Unies (UNCT) a conduit une mission conjointe dans les régions de Kédougou, Tambacounda, Kolda et Ziguinchor, dans le cadre de la mise en œuvre du Cadre de coopération des Nations Unies pour le développement durable (UNCF 2024–2028), aligné sur la Vision Sénégal 2050 et la Stratégie nationale de développement 2025–2029. Plus qu’une simple visite institutionnelle, cette mission a constitué un moment fort de dialogue avec les autorités territoriales, les communautés et les partenaires, afin de renforcer l’impact collectif du Système des Nations Unies dans des zones confrontées à des vulnérabilités structurelles mais riches en opportunités de transformation.
La mission était composée de Mme Aminata Maiga, Coordonnateur Résident du Système des Nations Unies au Sénégal et de neuf (9) représentants des agences, fonds et programmes du système onusien notamment M. Jacques Boyer, Représentant de l’UNICEF, Dr N’da Konan Michel YAO, Représentant Résident de l’OMS, Mme Samira Daoud, Représentante pour le Sénégal, la Gambie et la Guinée de l’OIT, Mme Aissata Kane, Représentante Régionale d’OIM, M. Lionel Gbaguidi, Représentant a.i de la FAO en Guinée, Expert principal en santé animale, Mme Arlette Mvondo, Représentante Résidente d’ONU Femmes, M. Rafik Feki, Représentant de l’ONUDI, M. Pierre Lucas, Directeur de Pays et Représentant du PAM, et Mme Cathering Phuong, Représentante Résidente Adjointe du PNUD.
Les rencontres avec les autorités locales – notamment les Gouverneurs de Kolda et Ziguinchor, le Président du Conseil départemental de Saraya, les responsables éducatifs de Salémata – ainsi que l’audience auprès du Roi d’Oussouye ont permis d’approfondir la compréhension des dynamiques territoriales et des priorités de développement. Ces échanges ont mis en lumière de nouvelles pistes de collaboration autour de la gouvernance, de la sécurité alimentaire, de la nutrition, de l’éducation, de la protection, de la cohésion sociale et de la paix. Ils ont aussi réaffirmé la pertinence d’une approche territorialisée et intégrée permettant aux agences, fonds et programmes de l’ONU d’articuler plus efficacement leurs interventions avec les besoins spécifiques des territoires et les priorités nationales.
« Dans le Sud et l’Est du Sénégal, j’ai été profondément marquée par des histoires qui illustrent concrètement l’impact de la convergence du Système des Nations Unies, lorsqu’elle est ancrée dans les réalités locales. Ces échanges renforcent ma conviction : la convergence inter-agences et l’écoute des communautés sont essentielles pour des résultats durables. » - Mme Aminata Maiga, Coordonnateur Résident du Système des Nations Unies au Sénégal
Kédougou : gouvernance territoriale, exploitation minière et résilience communautaire
Première étape de la mission, la région de Kédougou a mis en lumière les défis complexes liés à l’exploitation minière, à la pression sur les ressources naturelles et à la vulnérabilité socio-économique des communautés, malgré une forte contribution du secteur aurifère à l’économie nationale.
À Saraya et Khossanto, le Lundi 02 Février 2026, les échanges avec les autorités locales, les leaders communautaires, les femmes, les jeunes et les orpailleurs ont permis de documenter les impacts sociaux et environnementaux de l’orpaillage artisanal, dans un contexte marqué par le démantèlement récent des sites d’orpaillage clandestin par l’État à travers les Forces de Défense et de Sécurité depuis fin 2024. Si cette décision vise à renforcer la régulation et la sécurité, elle accentue également l’urgence de proposer des alternatives économiques viables pour des populations dont les moyens de subsistance reposent essentiellement sur l’agriculture, l’élevage et l’orpaillage.
« Nous croyons que, grâce à l’accompagnement adéquat et à une approche inclusive, nos enfants pourront rester à l’école, nos femmes développer leurs activités et notre commune construire un avenir plus sûr et plus durable pour tous. » - Représentant des chefs de village
Dans ce contexte, la présence d’enfants non scolarisés sur les sites d’orpaillage et l’absence d’alternatives face au tarissement des filons soulignent la nécessité de solutions intégrées combinant gouvernance locale, protection sociale, gestion durable des ressources naturelles et création d’opportunités économiques inclusives, en particulier pour les femmes et les jeunes.
«Khossanto dispose de communautés engagées et de femmes organisées, prêtes à contribuer pleinement au développement local. Avec un meilleur accès aux ressources, aux services sociaux de base et à des partenariats durables, notre commune peut transformer ses défis en opportunités au bénéfice des générations futures.» – Maire de Khossanto
Salémata et Tambacounda : investir dans l’éducation, la nutrition et la transition territoriale
Le 3 février 2026, à Salémata, la mission a visité l’école élémentaire de Dar Salam et sa cantine scolaire soutenue par le Programme alimentaire mondial (PAM), illustrant le rôle déterminant des cantines dans la sécurité alimentaire, la nutrition et la réussite scolaire. Les échanges avec les femmes cuisinières, les enseignants et les comités de gestion ont mis en évidence l’impact direct de ces repas quotidiens sur la fréquentation, la rétention scolaire et l’alimentation des enfants, tout en valorisant les produits locaux et le rôle économique des femmes dans la communauté.
Le PAM assure l’approvisionnement en denrées, accompagne la gestion quotidienne des cantines et soutient l’intégration progressive des produits locaux, permettant à des centaines d’élèves de bénéficier de repas nutritifs cinq jours par semaine. Dans le cadre du projet financé par l’Initiative française pour la sécurité alimentaire et la nutrition (IFSAN), l’appui conjoint du PAM et de l’UNICEF renforce encore cette dynamique à travers des transferts monétaires pour lutter contre la malnutrition, le soutien à 118 cantines scolaires touchant plus de 12 000 élèves, et l’accompagnement de près de 800 producteurs pour améliorer l’accès aux intrants, aux techniques agroécologiques et aux chaînes d’approvisionnement locales — consolidant ainsi la résilience alimentaire, nutritionnelle et économique des communautés les plus vulnérables.
Les parents d’élèves et les responsables pédagogiques de l’école ont exprimé leur satisfaction vis-à-vis de cette intervention du PAM et à son impact positif sur les élèves.
« Grâce aux cantines, nous constatons une hausse dans le nombre d’inscriptions de notre école. Des parents de villages environnants traversent des kilomètres pour venir inscrire leurs enfants. Les enfants de notre école sont également plus prompts à rester à l’école. Il y en a qui ont la volonté mais la faim et l’apprentissage ne font pas bon ménage. » - Directeur de l’école élémentaire de Dar Salam
Kolda : autonomisation des jeunes et des filles, et convergence des actions
À Kabéndou, dans la région de Kolda, le 4 février 2026, la mission a mis en lumière le parcours remarquable de Fodé Moussa Noba, migrant de retour accompagné par l’OIM, qui a su transformer sa réintégration en un projet maraîcher structurant. Grâce à l’appui de l’OIM et à plusieurs formations techniques, en leadership et en agro‑business, Fodé a pu développer une exploitation de deux hectares où il cultive diverses spéculations et pratique l’arboriculture, assurant des revenus stables pour sa famille. Très engagé dans sa communauté, il dirige le groupement DIAM‑FOULADOU regroupant près de 200 migrants de retour, soutient cinq groupements de femmes, forme les jeunes aux techniques agricoles et sensibilise sur les risques migratoires. Son initiative illustre parfaitement l’impact des programmes de réintégration durable lorsqu’ils s’appuient sur des opportunités économiques adaptées aux réalités locales.
« C’est notre Sadio Mané local. Il est une inspiration pour tous les jeunes et nous montre que nous pouvons réussir en restant au pays. » - Jeune travaillant dans le champ de Fodé
Dans le département de Kolda, la mission a mis en évidence des initiatives fortes en matière de participation citoyenne et d’autonomisation des adolescentes, notamment à Bagadadji où le Club de jeunes filles (CJF) – soutenu par l’UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l’enfance) et l’UNFPA (Fonds des Nations Unies pour la population) – joue un rôle clé dans la sensibilisation communautaire et la promotion des droits des filles. Les résultats sont visibles : « Nous avons vu une baisse drastique des grossesses chez les adolescentes depuis la création du club », souligne Fatou Niang Diouf, sage‑femme au Poste de Santé. Grâce à l’appui conjoint des deux agences, les Comités municipaux d’enfants (CME), les Clubs de jeunes filles (CJF) et les clubs de garçons bénéficient de formations en leadership, citoyenneté, santé sexuelle et reproductive, ainsi qu’en prévention des violences basées sur le genre (VBG). Ils participent aussi aux processus locaux de planification et de budget participatif, comme l’illustre Fodé, représentant des enfants : « J’ai pu proposer des initiatives qui ont été retenues dans le budget de la mairie. » Ces dispositifs renforcent la prévention des VBG et consolident le rôle des jeunes dans la transformation sociale du territoire.
Ces expériences ont confirmé l’importance d’une programmation intégrée, combinant protection, éducation, santé reproductive, autonomisation économique, emploi et entrepreneuriat, en particulier pour les jeunes femmes, souvent exposées à des risques accrus de marginalisation sociale et économique.
Ziguinchor : Paix, cohésion sociale et mise en œuvre du Plan Diomaye pour la Casamance
Dernière étape de la mission, la visite à Ziguinchor les 5 et 6 février 2026 a placé la région au centre des échanges consacrés à la consolidation de la paix, à la cohésion sociale et au relèvement post‑conflit en Casamance. Les rencontres avec les autorités administratives, les chefs coutumiers, les femmes et les jeunes ont mis en évidence des avancées significatives : stabilisation sécuritaire, retour progressif des populations déplacées et progrès en matière de déminage. Elles ont également fait ressortir les attentes fortes en matière d’emploi, d’infrastructures sociales et d’accès aux services essentiels. Présenté par l’ANRAC à l’Equipe de Pays, le Plan Diomaye pour la Casamance a constitué un moment clé, en traçant les priorités de relèvement et de développement pour la région. Les visites de terrain à Niaguis et Oussouye ainsi que les dialogues communautaires ont permis d’identifier des pistes concrètes pour appuyer les initiatives locales de résilience et promouvoir des solutions économiques inclusives, offrant ainsi une vision d’ensemble des dynamiques de consolidation de la paix et des perspectives de transformation durable en Casamance.
À Niaguis, la Ferme Pédagogique et de Développement Durable, créée par Moustapha Diatta et appuyée par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), illustre le potentiel d’une agriculture durable et innovante comme levier d’emploi et d’insertion pour les jeunes. Depuis 2018, la ferme offre un cadre de formation, d’expérimentation et de production valorisant les savoirs locaux et renforçant les compétences des jeunes face aux défis du chômage, des aléas climatiques et des maladies agricoles. Le PNUD a soutenu sa modernisation à travers la fourniture de petits matériels et d’intrants agricoles, l’installation de capteurs intelligents d’humidités et de potentiel hydrogène (pH) financé par le Japon, ainsi qu’une serre moderne de 5 000 m² dotée d’un système d’irrigation goutte‑à‑goutte. Ces innovations ont fait de la ferme un modèle d’agriculture résiliente, créatrice d’emplois directs et indirects.
« À Niaguis, nous prouvons chaque jour que l’avenir agricole de la Casamance peut être à la fois moderne, durable et porteur d’opportunités… » – Moustapha Diatta, Propriétaire de la ferme de Niaguis
À Oussouye, le Centre Départemental d’Assistance et de Formation pour la Femme (CEDAF), soutenu par ONU Femmes, constitue une structure essentielle pour l’autonomisation, la protection et le leadership des femmes. ONU Femmes a équipé les espaces d’accueil et d’écoute, fourni du matériel de réinsertion, renforcé les capacités des acteurs locaux sur les violences basées sur le genre, appuyé la création de réseaux de femmes entrepreneures et encouragé des actions de sensibilisation en collaboration étroite avec les autorités coutumières. L’agence joue également un rôle déterminant dans la mobilisation du Royaume d’Oussouye pour la paix, la médiation sociale et la prévention des VBG, contribuant à ancrer la protection des droits des femmes au cœur des valeurs culturelles locales.
« Elles attendent beaucoup du CEDAF, et cet espoir… est pour nous un moteur pour bâtir pas à pas les réponses qu’elles méritent. » – Marie Louise DIATTA, Directrice du CEDAF d’Oussouye
Enfin, la rencontre avec l’ANRAC (Agence nationale pour la relance des activités économiques et sociales en Casamance) a permis de réaffirmer l’importance d’une action coordonnée autour de la relance économique, de la cohésion sociale et de la consolidation de la paix. Les échanges ont souligné la nécessité de solutions co‑construites avec les communautés, en particulier les jeunes et les femmes, pour renforcer durablement la résilience territoriale.
« Travaillons ensemble afin de co‑créer des solutions durables à fort impact pour nos jeunes et nos femmes. » – Salif Kanoté, Directeur de l’Association DECLIC pour le développement et le leadership des jeunes et des femmes
Vers une action collective renforcée et un plaidoyer fondé sur les réalités du terrain
Au terme de cette mission conjointe, l’Équipe de pays des Nations Unies dispose désormais d’une compréhension actualisée et nuancée des priorités territoriales dans l’Est et le Sud du Sénégal, permettant d’identifier des synergies à renforcer, des lacunes à combler et des opportunités de programmation conjointe à amplifier pour améliorer l’efficacité collective du Système des Nations Unies. Les enseignements tirés du terrain nourriront le plaidoyer, la communication stratégique et la mobilisation de ressources en faveur d’interventions structurantes, alignées sur les priorités nationales et les besoins exprimés par les communautés, avec une attention particulière portée à la Casamance et à la région de Kédougou. Comme l’a souligné Mme Aminata Maiga, Coordonnatrice résidente des Nations Unies au Sénégal : « Le Système des Nations Unies au Sénégal restera pleinement mobilisé pour amplifier ces initiatives et faire de ces réussites une norme. » Les recommandations issues de cette mission serviront ainsi de base au renforcement de la programmation intégrée territorialisée, confirmant l’engagement du Système des Nations Unies à accompagner le Sénégal vers un développement inclusif, durable et équitable, au plus près des territoires et des populations.