Histoire
08 décembre 2025
Table ronde nationale sur la dette publique : le Sénégal explore des solutions durables pour financer les droits humains et le développement
Dakar, 2 décembre 2025 – Le Système des Nations Unies au Sénégal, en collaboration avec le Gouvernement du Sénégal et plusieurs partenaires techniques et financiers, a organisé le mardi 02 décembre 2025 une table ronde de haut niveau consacrée à la gestion et la gouvernance de la dette publique au service des droits humains et du développement durable. La rencontre, tenue à l’Hôtel Noom, a réuni plus d’une cinquantaine de participants en ligne et en présentiel dont des représentants du Gouvernement, des agences onusiennes, des institutions financières internationales, de la société civile, du monde académique et du corps diplomatique.Co-organisé par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), le Bureau du Coordonnateur résident du Système des Nations Unies, la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), le PNUD, l’UNICEF et ActionAid Sénégal, l’évènement intervient dans un contexte marqué par des défis budgétaires majeurs et une pression accrue sur les finances publiques. Ces enjeux, aggravés par des facteurs externes – crise sanitaire, instabilité des marchés mondiaux, tensions géopolitiques – et internes, exigent une approche intégrée où la gestion de la dette s’aligne sur les droits humains, les Objectifs de développement durable (ODD) et les engagements climatiques. Un contexte exigeant pour les finances publiquesDepuis 2024, le Sénégal fait face à un déficit budgétaire et un niveau d’endettement plus élevés que prévu, provoquant un gel de ses engagements avec ses partenaires multilatéraux, dont le FMI. Pour répondre à la situation, le Gouvernement a annoncé un plan de relance économique et sociale le 1er août 2025, fondé sur trois piliers : réduction des dépenses, mobilisation des ressources intérieures et recherche de financements alternatifs.Si cette stratégie vise à renforcer la gestion des finances publiques et créer un espace budgétaire pour les dépenses sociales essentielles, elle suscite aussi des inquiétudes quant à l’impact potentiel de mesures d’austérité sur les droits économiques et sociaux, notamment pour les groupes vulnérables.Des échanges au plus haut niveauLa cérémonie d’ouverture a été présidée par M. Robert Kotchani, Représentant régional du HCDH, intervenant au nom de Mme Aminata Maïga, Coordonnateur résident du Système des Nations Unies au Sénégal, aux côtés de Mme Fatimata Ly, représentante de Dr Alioune Diouf, Directeur de la Dette publique du Ministère des Finances et du Budget. Les échanges qui ont suivi se sont articulés autour de quatre grands axes : les défis fiscaux et d’endettement pour un développement centré sur les personnes ; l’alignement de la gestion de la dette sur les droits humains et le développement durable ; la transparence, la gouvernance et la redevabilité dans la gestion de la dette ; ainsi que les réformes de l’architecture financière internationale et les enseignements pouvant être tirés du contexte sénégalais.Les échanges ont mis en lumière la nécessité d’une approche holistique, combinant réformes structurelles, lutte contre les flux financiers illicites, renforcement du contrôle parlementaire et promotion de mécanismes de financement innovants compatibles avec la viabilité de la dette.La dette publique comme levier – ou obstacle – aux droits humainsLes participants ont rappelé que la dette publique peut constituer un véritable levier de progrès lorsqu’elle est gérée de manière stratégique, mais qu’elle devient un frein au développement lorsque le service de la dette réduit l’espace budgétaire consacré à la santé, à l’éducation, à l’emploi ou à la protection sociale. Ils ont ainsi insisté sur la nécessité de renforcer la mobilisation des ressources internes — notamment à travers une fiscalité plus progressive —, d’intensifier la lutte contre l’évasion fiscale et les flux financiers illicites, et de consolider la transparence budgétaire, jugée encore insuffisante au regard des résultats de l’enquête sur le budget ouvert de 2024. Les intervenants ont également souligné l’importance d’aligner les décisions d’endettement sur les engagements du Sénégal en matière de droits humains et d’Objectifs de développement durable, tout en appelant à une évaluation rigoureuse des instruments de financement innovants tels que les obligations vertes ou les obligations ODD, afin d’en garantir la pertinence et la viabilité.Vers une économie fondée sur les droits humainsCette rencontre nationale s’inscrit dans la continuité de la 4ᵉ Conférence internationale sur le financement du développement (FdD4) et de l’Engagement de Séville, qui appellent à une réforme ambitieuse et structurelle de l’architecture financière internationale. Pour le Sénégal, la table ronde a offert une plateforme stratégique permettant d’approfondir le dialogue entre le Gouvernement et ses partenaires, de renforcer les capacités nationales en matière de gouvernance de la dette, d’éclairer les réformes économiques en cours et de consolider les approches visant à préserver l’espace budgétaire indispensable aux dépenses sociales essentielles. Des résultats attendus et un engagement renouvelé du Système des Nations UniesLa rencontre devrait aboutir à deux résultats majeurs : la production d’un résumé officiel des échanges, diffusé par les organisateurs, et l’élaboration de recommandations opérationnelles destinées à mieux aligner la gestion de la dette sur les droits humains et les objectifs de développement durable. Au-delà de ces livrables, la table ronde consacre également un engagement renouvelé du Système des Nations Unies à accompagner le Sénégal dans sa transition vers une économie fondée sur les droits humains, en soutien aux ambitions nationales portées par la Vision Sénégal 2050, l’Agenda 2030 et le UNSDCF 2025–2029.